Si vous me cherchez, je suis au bar… - Blue Bees
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Si vous me cherchez, je suis au bar…

Par Claire Le Meur, Directrice Générale Blue Bees

On n’a jamais vu autant de monde au bar qu’à l’heure où bars et restaurants dont les portes demeurent désespérément closes, luttent pour avoir le droit de travailler et de rouvrir…

Bien sûr, je ne vous parle pas du bar originel, ce noble lieu qui tire son nom de l’anglais « bar » (barre) et que le Larousse définit comme un « débit de boissons où les consommateurs se tiennent debout ou assis sur de hauts tabourets devant un comptoir. »

Non, il est ici question de tous ces nouveaux bars qui, chaque jour, fleurissent au coin des rues, tissant un lien très secondaire avec la consommation d’une quelconque boisson ou forme de nourriture.

Il suffit de porter le regard au hasard des villes ou des rayons de magasins pour découvrir ces bars inédits. Si l’on s’était habitué aux bars à huîtres, bars à salades, bars à tapas, bars à soupes, bars à jus et bars à eaux (je persiste à trouver l’idée absconse), on voit surgir ça et là de surprenants concepts.

Les bars à jeux – nés il y a plus de 30 ans à Séoul, en Corée – poussent comme des champignons et rassemblent des passionnés qui viennent se détendre, découvrir de nouveaux jeux de société et partager un moment d’échange, contrant ainsi les relations aussi fictives que virtuelles des réseaux sociaux. Il est difficile de quantifier l’ampleur du phénomène car il n’existe aucune étude, à ce jour, sur le sujet mais si l’on considère que les Français achètent 20 millions de jeux par an pour un total de 400 millions d’euros, l’avenir des bars à jeux semble prometteur…

Le secteur de l’esthétique n’est pas en reste avec des bars à masques qui garantissent un résultat de peau exempt d’imperfection, tandis que les experts des bars à sourcils assurent de définir le tracé parfait qui permettra de mettre en valeur les traits de votre visage et que les bars à bandeaux offrent une kyrielle de modèles visant à rehausser l’élégance féminine dans ses moindres détails. Les bars à ongles, qui promettent ongles parfaits et développent le must du Nail Art, affichent quant à eux des carnets de rendez-vous pleins. Le filon est juteux et le monde de la franchise s’intéresse de près à la question, avec l’ouverture de près de dix marques en franchise au cours des cinq dernières années.

Également issus d’un concept extrême-oriental (Taipei, Taïwan, 1981), les bars à chats, ultra populaires au Japon, se sont exportés en France, avec l’ouverture d’un premier lieu à Paris en 2013, suivi en 2014 par Lyon. Si cet engouement s’explique au Japon par l’impossibilité pour de nombreux Japonais de posséder un animal de compagnie chez eux, du fait de leur interdiction dans les appartements, la « ronromanie » française permet aux inconditionnels de passer des heures avec un félin sur les genoux tout en buvant un thé ou un cocktail. Le concept fait néanmoins débat car, si certains y voient une thérapie contre le stress, d’autres s’insurgent contre ce concept encore peu réglementé qui instaure l’animal en objet…

On notera également les étranges bars à oxygène. Des bars dans lesquels on ne trouve strictement rien à boire ! Censés « contribuer au bien-être, en revitalisant le corps tout en aidant à contrecarrer les effets néfastes du stress de la vie moderne », ils proposent de respirer de l’oxygène parfumé aux huiles essentielles à un taux de pureté d’au moins 93 %.  Apparus dans les années 90 en Amérique du Nord et au Japon, les avantages sur la santé des bars à oxygène, vendus comme remède antifatigue, antistress, antidépresseur et décontractant aux citadins des grandes villes de la planète n’ont, à ce jour, pas été prouvés…

Toujours du côté de ce qui s’inhale à défaut de se boire, les bars à chicha (version moderne de la pipe à eau permettant de fumer un mélange de tabac et de mélasse aromatisée – « tabamel ») s’opposant à la généralisation des lois interdisant de fumer dans les lieux publics, sont devenus un véritable phénomène de société et se comptent à présent en France par centaines. Si Lewis Carroll, dans Alice aux Pays des Merveilles contribua, en 1865, au renouveau de la chicha en l’associant au personnage de la chenille, cette pratique trouve son origine au XVème siècle, en Perse. Le marché mondial de la chicha était évalué à 730 millions de dollars en 2018 (dont environ 70 % en Afrique et Moyen-Orient) et devrait atteindre 2,7 milliards de dollars en 2025 avec un taux de croissance annuel de 18 %… Les bars à chicha n’ont donc pas fini de ponctuer les rues de France, voire de Navarre !

Enfin, on ne peut terminer ce panorama des « bars qui ne sont pas des bars » sans citer les Genius Bar imaginés dès 2001 par Ron Johnson, suite à une conversation avec Steve Jobs qui avait constaté que le client Apple ne venait dans la boutique que pour le produit. D’où l’idée d’un comptoir où les clients Apple pourraient bénéficier d’assistance « en direct ». Steve Jobs avait d’abord trouvé le concept parfaitement « idiot », estimant que quelqu’un qui connaît la technologie – un « geek » – était incapable « d’échanger avec les gens ». « Ça ne marchera jamais », affirma-t-il alors.  Ron Johnson n’avait pas lâché l’affaire et avait insisté jusqu’à ce que le Boss change d’avis… Grand bien lui prit : ces espaces, souvent pris d’assaut par les consommateurs qui peuvent poser toutes leurs questions ou demander des réparations de leur matériel informatique sont devenus un incontournable de l’expérience client et ont contribué à faire d’Apple la marque la plus puissante du monde…

Alors, en attendant que les vrais bars, si emblématiques de l’art de vivre à la française, aient enfin le droit le rouvrir le 20 janvier (croisons les doigts !), en attendant que nous puissions retourner boire un café ou un verre en terrasse pour échanger de tout, de rien et refaire le monde – symbole d’une liberté retrouvée, si vous me cherchez, je suis au bar à sieste…